Togo/Déçu et attristé par les derniers événements, Foly Satchivi s’exprime à cœur ouvert

L’activiste Foly Satchivi semble être déçu par le traitement à lui réserver après six ans qu’il dit avoir reconcé à sa petite personne et à ses rêves pour se consacrer entièrement à la lutte pour l’émancipation et l’épanouissement de la masse. En tout cas, le leader du Front Commun pour le Changement (FCC) a regretté l’indifférence dont les Togolais font preuve lorsqu’un combattant de la lutte se retrouve dans une situation délicate. Satchivi a simplement extériorisé ses sentiments et vidé son sac à travers ces quelques lignes rendues publiques.

« J’ai vécu, durant toutes ces années, d’effroyables choses. J’ai été matraqué, blessé, poursuivi, agressé, arrêté, torturé, humilié, détenu et persécuté sous toutes les formes. Les ennemis du progrès ont tenté, à plusieurs reprises, de me supprimer, mais le Très Saint Père et les ancêtres ont veillé, à toutes les occasions, sur moi » a t-il confié.

L’activiste ensuite fait un constat.

« J’ai constaté également qu’au Togo, lorsqu’une personne se noie, l’on ne cherche pas d’abord à sauver cette personne. On veut d’abord savoir ce que cette personne est allée chercher dans l’eau et pourquoi il s’y est rendu à ce moment précis.J’ai, en outre, constaté que les compassions se distribuent en fonction des affinités » a t-il regretté.

Pour appuyer sa thèse, il a énuméré quelques exemples.

« Je prends tout d’abord l’exemple du père de l’indépendance. Lorsqu’il fut ignominieusement abattu, personne n’organisa une petite manifestation pour réclamer JUSTICE et exiger que ces assassins soient convenablement châtiés. Aucun magistrat n’eut le courage d’ouvrir une petite enquête pour situer les responsabilités. Nos parents l’ont plutôt très vite oublié et ont passé des années à chanter et danser à la gloire de ses assassins. A ce jour, aucun d’entre eux n’a été capable d’exiger le rapatriement des restes du Père de l’indépendance. Ils ont sous-traité cette tâche aux politiciens. Ces derniers, se sachant également seuls, ont préféré se taire.
Après Sylvanus OLYMPIO, il eut d’autres morts. Mais après quelques vagues d’indignations et de réprobation, ils ont étéroyalement oubliés.
Les compagnons tués et jetés dans la lagune de Bè, ceux, fauchés à Fréau Jardin, en 2005, les colonels TEPÉ, les Tavio Amorin, les Djobo Boukary, les Sinandaré Anselme, les Douti, les ZOUMEKEY Jojo, les Moufidou et tous les autres qui ont assassiné pour avoir été de notre côté ont été tous oubliés. Plus personne ne pensent vraiment à eux. Personne ne se dérange pour exiger l’ouverture du procès de leurs assassinats et l’inculpation de leurs auteurs. Seuls leurs parents se rappellent encore d’eux. Lorsqu’on arrête vos leaders, vous vous cachez. Lorsqu’on les jette en prison, vous n’allez pas les voir. Lorsqu’on les défère devant les tribunaux, vous ne vous mobilisez pas pour exiger leur libération. Vous attendez que les bourreaux eux-mêmes reviennent à de meilleurs sentiments.
Vous trouvez toujours une excuse pour justifier votre indifférence, votre passivité et votre inaction. Il arrive parfois même que vous fassiez passer la personne arrêtée ou persécutée pour le coupable de ce qui lui arrive. Ces situations, je les ai vécu dans ma chair. Vous avez souvent été absente à nos côtés au moment où nous avions eu le plus besoin de vous ; vous avez préféré faire comme si de rien n’était. Vous avez souvent manqué à votre devoir. La seule chose qu’on vous entend dire lorsqu’après notre arrestation on vient à être libéré c’est : nous avons beaucoup prié pour toi
« .

Déçu par cette indifférence de la population, Foly Satchivi a confié qu’il vivait comme s’il pouvait disparaître à tout moment.

« J’ai passé 14 mois en prison. Très peu de gens m’ont vraiment soutenu. Ma famille a supporté toute seul le poids de ma détention. Cela leur était, au départ, très difficile. Mais ils ont fini par s’y adapter. Quand le jour de ma libération était arrivé des gens au lieu d’être content que je sois enfin libre se sont plutôt offusqué, comme je l’avais dit plus haut, de ce que je sois libéré par grâce présidentielle. Ils auraient, en clair, préféré que je reste là.
De telles agissements font réfléchir et poussent ceux qui n’ont pas des convictions aussi fortes à aller se goinfrer à la table du dictateur où à lâcher prise
 » a t-il fait savoir.

Et d’ajouter que « Vos comportements ont découragé plus d’un. Des gens biens ont peur de se sacrifier pour cette cause commune. L’adage, ne dit-il pas que si ce qui arrivait au bois frais arriva au bois sec, il ne lui restera plus rien ?
Moi-même, j’ai peur. Non pas de la prison, mais de votre attitude
« .

Selon lui, des centaines de personnes continuent de mourir en prison. Elles ont été tous oubliées. Mais si elles viennent, un jour à être libéré, les Togolais commenceront par chercher un inexistant pacte entre eux et le pouvoir.

« Au lieu de se réjouir lorsque j’avais été libéré, par grâce présidentielle, même si je n’avais rien fait pour être pardonné, des gens ont proféré chercher d’inexistants liens entre Faure Gnassingbé et moi. Quels être! S’étaient écriés des proches » a regretté Satchivi.

Et de lancer ensuite « , c’est méchant ce que vous faites, très très méchant »

Satchivi souhaiterait qu’on lui donne envi de continuer la lutte.
Il a promi marcher de Lomé pour aller se recueillir sur la tombe du père de l’indépendance.

« Je dis précise bien, je marcherai » a t-il conclu.

NPA

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