Interview: « Nous croyons profondément à l’UPF-Togo que pour bien exercer la liberté de presse à travers notre profession, le Code de la presse doit être notre ‘Bible professionnelle’ et le Code de déontologie du journaliste notre repère moral » Loïc Lawson, Président de l’UPF-Togo

Un nouveau cadre législatif encadre l’exercice du métier de journaliste au Togo. Un Code de la presse dont le contenu doit être à la portée du journaliste qui se veut d’être professionnel. Les récentes actualités autour de la presse au Togo font montre d’une nécessité pour chaque journaliste de porter son regard sur les spécificités de ce Code revisité. L’Union Internationale de la presse francophone (UPF-Togo), consciente de la situation met en place un cadre d’échange pour permettre aux Hommes de média de découvrir ce nouvel outil. Le Président national de cette organisation internationale, Mr Loïc Lawson donne plus de détails dans cette interview sur les motivations de ce grand panel prévu pour le vendredi 29 janvier 2021 dans un grand hôtel de Lomé.

linterview.info: Le Code togolais de la presse a été révisé et voté à l’Assemblée nationale. Quelle lecture faites-vous des innovations qu’il comporte ?

Loïc Lawson: C’est toujours un plaisir renouvelé de s’exprimer aux visiteurs de votre site d’informations.
En effet, l’adoption par le Parlement togolais de la nouvelle loi portant Code de la presse au Togo est une avancée dans la sphère médiatique dans notre pays. Face à l’apparition de nouveaux médias en terre togolaise et dans le monde, le texte antérieur datant du 27 aout 2004 avait besoin d’être actualisé. C’est donc le sens de la nouvelle loi portant Code de la presse, et qui est entrée en vigueur depuis le 07 janvier 2020.

A priori, il n’y a aucune appréhension à avoir au sujet du nouveau cadre législatif qui encadre l’exercice du métier de journaliste au Togo, dans la mesure où l’adoption de ce texte est passée par le circuit classique de l’étude d’une loi au Parlement. En y associant de bout en bout les organisations professionnelles des médias au Togo. Toutefois, dans la pratique, se conformer aux dispositions d’une nouvelle loi prend du temps dans toute corporation. La presse n’échappe pas, elle non plus, à cette règle. Cette lente mutation est d’ailleurs prévue par le législateur à travers l’article 179 du nouveau Code (en son Titre IV, qui organise ses dispositions transitoires finales).
Au total, les innovations promues dans l’actuel Code étaient une nécessité dans notre corporation. A titre d’exemple, les dispositions contenues dans les articles 17, 18 et 19 de l’actuel Code qui mettent un distinguo net entre un «journaliste, un technicien des médias et un auxiliaire de presse» ou encore l’article 23 qui définit de façon claire et nette les fonctions incompatibles avec les contenus des articles 17, 18 et 19. Citons dans la même dynamique d’innovations les articles 49 et 50 qui promeuvent et encadrent la mise en place de véritables et dignes sociétés de presse au Togo, avec leurs typologies respectives. Toutes choses qui consacrent un pas de plus vers une plus grande professionnalisation de notre corporation, que nous appelons tous les jours de nos vœux, est à saluer
!

Les récents évènements dans le pays ayant conduit au retrait du récépissé d’un journal continuent de susciter des polémiques. L’immixtion du SCRIC dans des affaires de la presse, la confusion entre le délit de presse et le délit pénal alimentent de nouveau le débat au sein du monde médiatique et de l’opinion. Votre lecture sur ce sujet?

Ce débat est tout à fait normal dans notre corporation comme dans le grand public, vu que les conditions de l’interpellation, fin décembre 2020, du directeur de publication de ‘Indépendant Express’ (auquel vous faites allusion) ont suscité un grand émoi au sein de l’opinion. L’UPF-Togo continue de plaider pour une solution médiane dans cette affaire pour préserver la survie de cette entreprise de presse.

Nous condamnons par principe la confusion, de plus en plus savamment entretenue autour du délit de presse et du délit pénal. Deux notions distinctes qui nous commandent nous autres journalistes à devoir constamment mettre en avant la ‘responsabilité sociale’ qui nous incombe dans toute approche éditoriale de l’information.

Il faut souligner dans ce sens que le débat autour de la frontière ténue entre le délit de presse et le délit pénal ne date pas de l’adoption du nouveau Code de la presse. Ce débat a été relancé dans notre corporation depuis l’adoption du nouveau Code pénal (composé de 1.205 articles, et qui remplace celui désuet de 1980) en novembre 2015. Tout particulièrement son article 497 qui souligne : «La publication, la diffusion ou la reproduction par quelque moyen que ce soit de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle trouble la paix publique ou est susceptible de la troubler, est punie d’une peine d’emprisonnement de 6 mois à 2 ans et d’une amende de 500.000 à 2 millions de FCFA (entre 750 et 3.000 euros) ou de l’une de ces deux peines». Un article qui a suscité en 2015 un tollé dans notre corporation parce qu’il réinstaure subrepticement la peine privative de liberté supprimée en 2004 dans le Code togolais de la presse, en cas de délit de presse. Mais, rien n’y fit. En attendant une évolution législative concertée autour de cet article 497 (tout particulièrement pour les professionnels de la presse), nous invitons au recours systématique à l’article 172 du Code de la presse quand émerge toute affaire de «délit de presse». Article qui stipule : «Pour tous les cas de violation de la législation en matière de presse et de délits de presse, notamment l’offense et l’injure, la HAAC peut être saisie».

Ou encore le recours à l’article 176 du Code de la presse qui souligne dans son dernier alinéa: «Dans tous les cas, si l’inculpé est domicilié au Togo, il ne pourra faire l’objet de détention préventive, sauf dans les cas prévus aux articles 157 et 158 du présent Code (incitation à la haine interraciale ou interethnique, appel à la sédition et celle des forces armées).

Le Code de la presse ne fait pas, certes, du «journaliste, technicien des médias et de l’auxiliaire de presse» un super-citoyen au dessus des autres et du Code pénal, mais les arsenaux législatifs en place ne doivent pas non plus nous amener à nous autocensurer, au risque de tuer le charme de notre profession.

« Les spécificités du nouveau Code de la presse » : c’est le thème autour duquel vous conviez les journalistes ce vendredi 29 janvier. Pourquoi avoir choisi d’organiser cette rencontre? Pourquoi le maximum de journalistes doit faire le déplacement du lieu indiqué pour cette rencontre ?

Nous croyons profondément à l’UPF-Togo que pour bien exercer la liberté de presse à travers notre profession, le Code de la presse doit être notre ‘Bible professionnelle’ et le Code de déontologie du journaliste notre repère moral. Tout professionnel de la Communication centrée sur le journalisme doit donc en maîtriser les subtilités. C’est le sens de notre démarche. Sa coïncidence avec les récents développements de l’actualité autour des médias au Togo est purement fortuite. Mais c’est une coïncidence heureuse qui pourra éclairer nos échanges vendredi prochain.

Nous sommes certains à l’UPF-Togo, à travers cette Conférence, d’inaugurer un cycle de rencontres et échanges confraternels autour du nouveau Code de la presse au Togo. Les principales organisations professionnelles de la presse au Togo vont sûrement se saisir de la balle au bond.

Interview réalisé par Narcisse Prince Agbodjan

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